Conférences du colloque

L’usage des technologies de communication comme expérience sociale

Francis Jauréguiberry, Professeur à l’Université de Pau et des Pays de l’Adour / Directeur du laboratoire SET (Société Environnement Territoire) au CNRS

La notion d’expérience sociale renvoie à deux dimensions. D’une part, à la façon dont nous recevons le monde social, nous le percevons et l’éprouvons comme un environnement déjà là qui s’impose à nous et, d’autre part, à ce que nous faisons de ce monde-là, et en particulier à la façon dont nous lui donnons un sens et une cohérence en cette modernité avancée où la dispersion des références et la complexité de leur traitement côtoient dans bien des cas la confusion et la perte de repères.

Les technologies de la communication jouent un rôle de plus en plus important dans cette expérience du et au monde. Outils d’ubiquité et d’instantanéité, elles ont d’ores et déjà profondément transformé les notions d’espace, de distance et de temps. Pour ne prendre qu’un exemple, les technologies de géolocalisation et d’informatique ambiante nous ont, en l’espace d’une décennie, introduits dans un monde où, constamment et en tous lieux, il est désormais possible d’être parfaitement informé sur ce qui nous entoure. La réalité s’en trouve ainsi augmentée. Mais augmentée de quoi ? Essentiellement d’informations de type instrumental, encyclopédique et pratique. Ce qui représente de fantastiques gains en terme utilitaire. Mais, dans le même temps et sans que nous y prenions vraiment garde, notre environnement, en particulier urbain, est de plus en plus expérimenté comme un simple ensemble fonctionnel qu’il s’agit d’utiliser ou de consommer au mieux. Notre rapport au territoire devient plus efficace, utile et rentable, mais risque de s’en trouver ainsi définitivement désenchanté.

Y aura-t-il des lieux et des endroits dont on pourra encore faire l’expérience à partir de nos seuls sens, de notre propre intériorité et de façon non assistée ? Sera-t-il encore possible de flâner, de s’arrêter, de se perdre et même de prendre la direction d’un embouteillage sans paraître pour cela décalé, voire incivique ? Le problème n’est pas que la réalité augmentée existe, mais que nous ne soyons plus capables d’expérimenter la réalité qu’à partir de son augmentation. La question est donc de savoir anticiper et mesurer quels types irréversibilités sont en train de se mettre en place de façon à ne pas avoir ensuite à en subir des conséquences non voulues, et en particulier dans la société de risques dans laquelle nous sommes, celles liées au détournement des données et à leurs manipulations à des fins politiques ou commerciales. Les principes éthiques, politiques et organisationnels régissant les réseaux doivent être clairement annoncés et la liberté d’usage (ou pas) des terminaux par les utilisateurs posée comme une liberté inaliénable, sachant que cette capacité est très inégalement distribuée.

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